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Le blog d'Oho en Inde, ce sont les aventures d'une petite veinarde de l'ESC Toulouse en échange à l'IIM Calcutta ! Evitez le camion bariolé, le rickshaw qui déboule, prenez une grande inspiration d'air chargé de chaudes senteurs épicées, et foncez lire ces quelques lignes émerveillées !

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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 17:34

 L'autre jour, je pensais à Action Man.

Il y a l'Action Man Moto Extrême (check!).

 

L'Action Man Commando en bateau avec barque et arme (moi c'était plutôt avec masque et tuba mais check!).

 

Ou encore l'Action Man l'Homme de la forêt avec son Gorille (no comment).

 

Mais cet Action Man, il y a bien un moment où, des ampoules plein les pieds et du cérumen plein les oreilles, il rentre à la maison! Pourtant, ce n'est pas demain la veille que l'on verra chez Toys'R'Us, l'Action Man avec ses Pantoufles et sa Télé, ou encore l'Action Man soigne ses Pieds.

 

Tout cela pour vous annoncer que je suis de retour en France (home, clean home), depuis maintenant 3 mois...! Et, poussée par mes anges gardiens, je sors enfin de mon mutisme pour continuer à vous raconter comment c'est, au pays de Gandhi. Et oui mes amis! L'heure de la rétrospective a sonné!

 

Je me vois soudain dans 50 ans.

 

Les épaules tombantes enserrées dans un châle de maille lâche, les mains sagement croisées sur mes genoux, je me balance dans mon rocking-chair, sur la terrasse d'une jolie maison coloniale, baignée par la douce lueur orangée d'une paisible fin d'après-midi. Mes yeux fatigués fixent l'horizon, vers ce lointain qui m'aura fascinée toute ma vie. Je pense à mes petits-enfants qui viendront déjeuner demain, à qui je préparerais des choux de Bruxelles et de la langue de boeuf car ils adorent ça, surtout le petit, enfin je crois, et à qui je raconterais mes merveilleux souvenirs...mes souvenirs du jour où...

 

Mais j'y pense! Point n'est besoin d'attendre 50 ans! Je vis une époque merveilleuse! Je peux radoter sur le Web dès maintenant!

 

Alors, chers lecteurs, c'est parti pour le souvenir de mémé n°1.


Le jour où...j'ai été propulsée au XVIIIème siècle. 

 

Il y a un truc qui m'a toujours rendue perplexe.

 

Pourquoi est-ce que dans les romans qui se déroulent au XVIIIème siècle (ou dans ces eaux là, à deux siècles près), lorsque quelqu'un arrrive chez un ami, après un trajet de quelques heures en calèche, dilligence, phaéton ou autre boîte à camembert, on lui dit, immanquablement: "Par ici, mon ami, Lisette va vous conduire à votre chambre, pour que vous puissiez vous rafraîchir avant de nous rejoindre au salon." Genre: "Mon pauvre ami, on dirait que tu viens de te battre avec une meute de poules dans un bac à sable un jour de canicule, alors tu es gentil, tu vas te laver, car il est hors de question que tu nous infliges ton répugnant spectacle pour le thé."

 

Pourtant, moi, quand je sors d'un trajet de 5 heures en TGV, j'ai juste envie de me laver les mains quoi...

 

En Inde, j'ai découvert que tout ceci avait en fait un sens.

 

Un jour, je décidai de faire des emplettes.

 

A mon appel, le taxi s'arrête devant le perron de mon hostel (les "dortoirs" sur le campus). Je m'avance, et le cocher...euh...le taxi driver s'élance pour m'ouvrir la portière (ça fait 5 minutes que je m'acharne dessus comme une conne, elle est cassée). Madaaaaame.

 

"Behala, please." Behala est un quartier de Calcutta qui rassemble de nombreuses boutiques de textile, les Silk Palaces en tout genre (Palais de Soie, que c'est doux à l'oreille!).

 

Une brusque accélération, et les 84 chevaux indomptables de l'Ambassador sont lancés à vive allure sur les routes cahoteuses d'une Calcutta poussiéreuse...

 

Quatre minutes que l'on roule. Encore deux minutes à ce train là, et j'ai des dread locks gratos, avec un fond de teint "Poudre du désert effet matifiant" en cadeau bonus. Mes vêtements collent à ma peau, tandis que la sueur qui s'accroche à mes cils me pique les yeux. Dehors, les klaxons font la loi, tels des hennissements diaboliques (profitez-en bien, j'arrive au bout de la métaphore).

 

On est arrivés! Je sors de la calèche un peu hagarde, avec l'impression d'avoir été encore moins bien traitée qu'une feuille de salade dans une essoreuse.

 

J'entre dans une boutique. Les soieries et les cotonnades illuminent la pièce de leurs couleurs chatoyantes. Jusqu'au plafond, les étagères en sont remplies. Le propriétaire du magasin est pris de frénésie, me presse de m'asseoir, me propose un cai. (J'ai la vieille impression d'être telle une duchesse qui entrerait dans l'échoppe d'une petite couturière de province pour se faire faire une robe de bal, manquant ainsi de provoquer une crise d'apoplexie prématurée.) Il commence à déployer devant moi des mètres et des mètres de tissus aux motifs plus beaux les uns que les autres. Voici donc ces indiennes de coton qui ont fait le succès de l'industrie textile britannique au XVIIIème siècle...C'est de ces boutiques qu'éclot la grâce des femmes indiennes. ici, tout est taillé sur-mesure dans ces jolis tissus. On se retrouve propulsée des siècles auparavant, lorsque l'on se perchait sur un tabouret, au centre  d'une coquette pièce aux murs tapissés de miroirs, avec trois couturières agenouillées sur l'ourlet de notre robe, des épingles plein la bouche et le chignon de guingois (Le jour où cela vous arrive chez Zara, faites-moi signe!)...

 

Les filles, vous aviez besoin d'une bonne raison d'aller en Inde? La voici.

 

En Inde, nous sommes des PRINCESSES !


"Je suis une princesse", me disais-je en descendant du taxi, échevelée, les bras chargés de fanfreluches inutiles, les cheveux collés au visage, la poussière crissant sous les dents, l'auréole ailleurs que sur la tête.


Une princesse, oui, mais qui va aller se "rafraîchir" avant de passer au salon.


tailleur indien

Par Oho en Inde
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 14:25

Mais c'est GENIAL ici!

 

C'est effectivement ce que je me suis dit. 

 

Mais la vérité, c'est que je me le suis dit pendant exactement 3 minutes. En fait, j'ai été troublée par les taxis: de vraies voitures (et pas des Ambassadors) aux couleurs électriques: rose pétard, rouge, vert, bicolore... Qui eut cru qu'un jour, j'aurais été toute excitée à la vue d'une voiture! (Comme quoi, nous les filles sommes inconsciemment frustrées: oui, nous aussi nous aurions bien aimé jouer aux petites voitures, Barbie Pouf ça va bien deux minutes.)

 

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Avec Kevin, nous nous glissons avec délice sur la banquette (qui ne suinte pas les miasmes pour une fois), et la voiture s'élance sur la route. Bitumée. Lisse. Bornée. Sublime. On peut même appuyer notre tête sur le dossier sans risquer le coup du lapin, ou le tronquage de langue intempestif, car le véhicule est doté, wait for it, d'amortisseurs! La vue de tous ces buildings, les retrouvailles avec un pays développé (ça en a l'air en tout cas) est étrange...Un peu déstabilisant.

 

Nous arrivons à l'hôtel, le Suk 11. La décoration est...extravagante (je crois que le terme "foire aux merdouilles qui rendrait claustrophobe un antiquaire indien" conviendrait mieux). Nous retrouvons nos amis qui nous disent d'un air piteux qu'ils ont passé une des pires nuits de leur vie: matelas troués, cafards, salle de bain dégoutante...Je suis déprimée: est-ce que je suis condamnée à payer pour vivre un enfer jusqu'à la fin de mon voyage? Je monte les marches, d'un pas lourd...J'ouvre la porte. J'ai un infarctus de soulagement! Spacieuse et propre! Rigolade des autres...Bienvenue en Thaïlande! J'avais oublié ce que c'était que d'avoir l'assurance d'un logement décent...

 

Nous ressortons pour dîner. Au passage, on gobe une sauterelle grillée, gracieusement offerte par un petit marchand de rue, qui ne boude pas son plaisir de nous voir galérer ("aller ma fille, c'est juste une grosse chips d'Halloween..."). Nous allons dîner dans le quartier chinois (no comment), puis retournons dans la rue de notre hôtel pour prendre un verre dans un petit bar de rue (fourgonette transformée en bar, toute enguirlandée), et observer les passants. Les familles thaïlandaises, quoi.

C'est bizarre on n'en voit pas une seule.

Observons les petits couples thaïlandais alors.

Tiens, non plus.

 

 Et c'est là que nos yeux s'ouvrent. Suk 11, c'est l'abréviation de Sukhumvit, et Sukhumvit, c'est un des centres de Bangkok pour le tourisme sexuel. Devant nous défilent les couples "mixtes". En général, un Blanc plus très jeune, pâle comme un cul,  dégarni de la tête mais garni du bide, bermuda, tongs, suivi par une sublime jeune femme qui a oublié de mettre son pantalon. Elle marche en général derrière lui, à quelques centimètres, les deux mains croisées sur son petit sac, la tête penchée, la démarche saccadée à cause de ses talons vertigineux. Ce qui me choque, ce n'est pas forcément le couple en lui-même. C'est l'air de l'homme. La Lueur dans ses yeux. Il fait sale, tout simplement. L'air d'un homme qui a un moment s'est trompé de chemin et en paye le prix maintenant. Je ne suis pas en train de diaboliser ces hommes gratuitement, comme une hystérique. Je dis juste que l'atmosphère de ce quartier est profondément malsaine, et troublante dans le sens où l'on comprend le sens du mot Décadence. On comprend qu'on peut se perdre ici, car il ne semble pas y avoir de règles.

Les prostituées sont partout. Elles sont belles à tomber. Dans la rue, des vieux gars nous proposent de nous emmener voir un Ping Pong Show ( selon Wikipedia: "le Ping Pong Show est un spectacle organisé dans les bars thaïlandais. S'effectuant sur des sujets féminins dénudés, il consiste à introduire une balle de ping pong dans un vagin lubrifié, puis à l'éjecter le plus loin  possible par l'action des muscles. D'autres spectacles typiquement thaïlandais à connotation érotique existent aussi: "Pussy writes a letter", "Pussy opens a bottle", "Putty smokes a cigarette"...).

 Et pour nous proposer tout ça, ils font un vieux bruit avec leur bouche, évoquant une balle de ping pong en transit...

 

Ce genre de spectacle est tellement étrange pour nous, que beaucoup sont tentés d'aller voir, "ça peut être fun", ou "attends, on est à Bangkok quoi!". Et bien moi, je dis que NON, ce n'est pas fun! Se mettre 4 boules de geisha dans le vagin, ça fait mal! (je n'ai pas essayé, je sais...) Et c'est en cédant à la curiosité que l'on alimente ce genre de business, car la demande crée l'offre! La prostitution est interdite en Thaïlande, mais les autorités ferment les yeux, car "cela fait vivre beaucoup de gens", "c'est un business surveillé, il y a des réglementations, toutes les prostituées sont majeures et libres de leur choix". Personnellement, je pense que toutes les prostituées de Bangkok ne se sont pas réveillées le jour de leurs dix-huit ans en se disant: "Alors! Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire de mon avenir? Tiens, si j'allais percer des ballons en lançant des fléchettes avec mon vagin, pour faire rigoler les touristes?". A mon avis, elles commencent toutes jeunettes dans les caves et, à 18 ans, reçoivent de Papa Mac, la lumière du jour comme cadeau d'anniversaire.

 

Tout cela pour dire qu'après un passage à Bangkok, dans un élan de désespoir pour retrouver un peu de pureté, il y a de fortes chances pour que vous fassiez des choses un peu folles. C'est ce que j'ai fait.

 

Et maintenant, vous devez m'appeler Soeur Marie-Oho.

Par Oho en Inde
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Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 13:35

Quand on part en voyage, on prend toujours de bonnes résolutions. Genre : je vais faire une liste des choses nécessaires et suffisantes (oui, les maths en prépa me manquent), optimiser la place dans mon sac, ne pas oublier machette et boussole, emporter des affaires propres et bien repassées. Et faire tout cela une semaine avant le départ, of course.

 

Cela fait deux jours que je me répète avec délice la phrase ô combien improbable : « je vais bientôt voler Kingfisher sur un Calcutta-Bangkok ». En effet, je décolle demain pour Bangkok, en Thaïlande. J’ai perdu ma liste, mon sac est au fond du placard, j’attends d’avoir le coup de foudre pour une boussole top glamour avant de l’acheter, et je n’ai plus de linge propre.

 

Mais pourquoi, pourquoi c’est toujours pareil ?

 

Je crois connaître la réponse : parce que j’ai l’irrésistible besoin, juste avant de partir en voyage, d’avoir un frisson d’excitation à l’idée que mon imprévoyance va me coûter les pires galères, et que je vais peut-être devoir vendre mes cheveux pour acheter mon billet de retour...

 

Tout cela pour dire que je ne me suis absolument pas préparée pour ce voyage : j’ai acheté mes billets aller-retour, mais de la Thaïlande, je n’ai qu’une vague idée. Mes anciens cours de géopolitique se mélangent dans ma tête :

 

-           « la Thaïlande : colosse aux pieds d’argile ? ». (Ah non, c’est pas ça.)

 

-           « Thaïlande : à quand la surchauffe ? ». (et la mienne, t'y as pensé?)

 

-           « Thaïlande : le tourisme sexuel, une réelle opportunité de développement ? » (je PLAISANTE).

 

Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Je n’ai jamais été attirée par les pays d’Asie (excepté l’Inde), et le choix de la Thaïlande comme destination de vacances était du à ses jolies plages, et sa proximité géographique avec l’Inde…

 

Mon avion décolle de Calcutta à 11h00. Avec Kevin, nous rejoignons 5 autres amis, qui sont à Bangkok depuis la veille. Prendre l’avion à Calcutta, c’est aussi improbable que de prendre le train, quoique franchement moins pénible. L’aéroport est quasiment vide, des gardes à l’air patibulaire, délicieusement moulés dans leur uniforme kaki, surveillent le périmètre, raides comme des piquets. Nous devons d’abord passer notre bagage en soute au rayon-X, puis nous l’apportons au check-in, où il est avalé par les tapis roulants. Quatre hôtesses s’occupent de nous imprimer la carte d’embarquement. Nous nous dirigeons ensuite benoîtement vers les guichets de contrôle des passeports…où nous sommes bloqués par un garde : « Non, le guichet pour les étrangers ouvre à 9h15. » En habitués, nous étouffons notre bienveillante irritation sous un petit ricanement. Une demi-heure plus tard, nous pouvons y aller, mais, misère, je suis arrêtée par le monsieur du guichet qui me demande : « Mais ? Vous n’êtes pas allés faire enregistrer votre visa ? Vous avez le tampon pourtant ! ». Super. Il faut que je vous explique le problème. Il faut faire enregistrer son visa dans les 14 jours qui suivent l’arrivée en Inde, si le visa en question dépasse les 180 jours, c’est-à-dire 6 mois. Mon visa est bien un visa de 6 mois, mais lorsque l’on compte les jours, on arrive à 183 jours. C’est ce qui s’appelle une Vie de Merde. Je ne dis rien, et me contente de sourire, genre : « Oh Seigneur, je n’avais point vu ! Heureusement que le gentil monsieur va m’arranger ça ! ». Et effectivement, il sort de derrière son guichet, va se balader et revient quelques minutes plus tard en me disant que je peux passer. Pas d’violence, c’est les vacances !

 

Nous voyageons avec la compagnie Kingfisher (traduction littérale: martin-pêcheur). Kingfisher, c’est aussi une marque de bière indienne (c’est pas trop la classe ça ?). Dans l’avion, le service est super, petite bouteille d’eau, puis collation, puis déjeuner, tout cela avec Open Bière Kingfisher bien sûr ! Sur notre petit écran, message du PDG, « vieux-beau » Indien au regard de filou, qui nous présente le Calendrier Kingfisher. Attention, on pourrait penser que le Calendrier Kingfisher montre la flotte de la compagnie, genre Janvier : bel A 320 survolant l’Amazonie, Février : magnifique A 321 au soleil couchant…Et bien détrompez-vous mes chers amis, le Calendrier a une orientation résolument plus exotique. C’est plutôt…Janvier : Maheva fait le lotus dans un réacteur, Février : Gizele est à califourchon sur un train d’aterrissage…Et autres réjouissances aérodynamiques !

 

2h30 plus tard, nous atterrissons à Bangkok…

 

Mon Dieu ! Nous nous sommes trompés de vol ! On est à New York !

 

Ah non, c’est bien Bangkok.

 

 Mais c’est GENIAL ici !

 

A suivre…

 

kingfisher

                                     

                                                          

Par Oho en Inde
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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 07:29

On prend vite goût au Privilège.

 

Etre Européen en Inde, c'est vite grisant. Au South City Mall, on peut entrer sans se faire fouiller même quand on a fait hurler les alarmes du portillon de sécurité (je refuse de croire que le raisonnement des gardes est le suivant : "Bon, elle se trimballe peut-être 30 kgs de dynamite, mais elle a une tête à dépenser une fortune au Mark's and Spencer... "), ou encore se faire un super resto à Udaipur (Dîner à l'Ambraï, au bord du lac à Udaipur, splendide) pour "peanut"...

 

Et c'est fou comme on est vulnérable lorsque cette toute puissance s'inverse subitement...Merci l'Inde de nous enseigner l'humilité...! Mais avant de commencer mon récit, je vous dois une petite introduction explicative sur les voyages en train, en classe sleeper.

 

Bénarès 034

 

La classe sleeper, ce sont les wagons-lit bas de gamme. Les Indiens du campus se figent d'horreur quand on leur dit qu'on a réservé en sleeper: "Avec les gueux ? Pouah ! " (Toute ressemblance avec une quelconque pépite du cinéma français est totalement fortuite). En effet, la classe sleeper n'a rien de reluisant. Sa première particularité, c'est son odeur. Si vous avez de la chance, ça pue, et si vous n'en avez pas, ça pue grave. La création d'un Pôle Nettoyage est encore à l'étude ("Faut-il nettoyer les trains, alors que tous les passagers sont répugnants?", une étude menée par For A Cleaner India Consultings). Cela est du au fait que les toilettes ne sont qu'un trou qui donne sur les rails, l'odeur est donc difficile à l'arrêt, mais cela s'améliore lorsque l'on roule. Sa deuxième particularité, c'est que l'on garde les fenêtres ouvertes, les vitres étant coincées/inexistantes la plupart du temps, et la circulation de l'air souvent indispensable. Alors, au réveil, c'est la big surprise: tu as soit un tas de sable sur la tête (Bienvenue à Jaisalmer ! ), un tas de neige (Namaste au Darjeeling !), ou la main d'un Indien dans les cheveux (arrêt de nuit dans une gare paumée). Sa troisième particularité, c'est que pour se hisser dans la couchette supérieure, il faut être George de la Jungle. Et enfin, les couchettes (recouvertes d'un solide cuir bleu) sont sales. Si j'ai un seul conseil à vous donner, c'est de ne jamais, JAMAIS frotter votre couchette avec un mouchoir mouillé. Et bien sûr, il est souvent bondé. Mais ça ne semble pas déranger les Indiens plus que ça. On sent que la notion d'"espace vital" n'est pas encore arrivée ici, et ce n'est pas plus mal finalement. Et ce qui est curieux, c'est qu'ils sont assez respectueux des réservations, malgré le chaos...Lorsque j'arrive devant ma couchette, et qu'elle est occupée, le squatter quitte les lieux assez vite, et dans le cas contraire, il est délogé par les aboiements hindiesques de nos voisins de couchette...(Petite parenthèse: rien ne réjouit plus les Indiens que les situations de blocage au potentiel de dérive conflictuelle, le meilleur exemple étant les bouchons aux intersections, lorsque 4 poids lourds veulent passer en même temps et se retrouvent bloqués au milieu du carrefour. On voit alors des leaders se révéler, des passants prennent la direction de la circulation, et, les yeux brillants d'excitation, le verbe retentissant, ils règlent le problème avec l'énergie d'un prophète exalté par sa mission divine...). Et pendant que 12 Indiens se partagent les deux couchettes du bas, je dors en étoile dans ma tour d'ivoire...Dans ce cas là, la nuit est presque normale, l'on est doucement bercé par le bruit et le mouvement du train. Je dis presque, car on est réveillé vers 5 heures du matin par les vendeurs de cay et autres victuailles, qui émettent un son à proprement parler inhumain. Les vendeurs ont travaillé leur voix de façon à réveiller tous les êtres vivants du wagon, d'un seul "CAY ! " retentissant. Mais ils n'ont pas seulement travaillé sur le décibel, ils ont carrément bossé l'ultrason. Du coup, non seulement ça te réveille, mais c'est tellement perçant et insupportable que tu dois faire appel à toutes tes ressources de self-control pour ne pas lui sauter dessus et lui faire un lavement avec son cay. Voilà, ça c'est dans le meilleur des cas.

 

Le pire des cas, je crois l'avoir approché de très près (je vous passe les détails de la nuit où j'ai été malade comme un chien). Cela a été notre trajet de retour à Calcutta, à la fin de notre voyage au Rajasthan. Des levrettes et scènes zoophiles plein les yeux, après notre visite aux temples érotiques de Khajuraho, nous avons rejoint Satna, à trois heures de route de Khajuraho, pour prendre l'express censé nous déposer à Calcutta 19 heures plus tard. 19 heures officiellement, le trajet a duré plus de 21 heures au final. 21 heures, c'est presque un jour et une nuit. Mais en 21 heures de train, on fait au moins un Paris-Ile de Pâques, non? Non, on traverse juste la moitié de l'Inde. Nous étions en waiting-list sur ce trajet, et manque de bol, seulement deux de nos couchettes, sur quatre, ont finalement été confirmées, les deux autres ayant des noms de place étranges et inconnus (on aurait peut-être du tenter de foncer dans le poteau du quai 9 3/4, qui sait). Il est 16h30, et le train est bondé. Avec Matthieu, nous entassons nos sacs au bout d'une de nos couchettes, déjà occupé par un sac et son Indien, qui n'ont absolument nulle part d'autre où aller. Du coup, nous nous hissons sur la couchette. Et nous restons comme ça, les bras autour des genoux, et la tête penchée, à cause du plafond du train. Au bout de dix minutes, j'étouffe d'inconfort. Si j'étend les jambes devant moi et les pose sur la couchette en vis-à-vis, je bloque l'accès dans l'allée, car notre couchette est celle située le long du couloir. C'est infernal, et pas une couchette de libre à l'horizon. 17heures, 18 heures, 19 heures..toujours rien, J'ai mal partout. A dix heures, miracle, une couchette se libère à côté. Matthieu saute dessus et investit les lieux. Je dis à l'Indien que j'aimerais dormir, et il va se faxer quelque part en dessous. Dans un soupir de satisfaction, je m'étends sur la couchette. Une heure plus tard, j'entends dans un demi-sommeil : "67, 68, 69 and 70, MINE ! EVERYBODY, OUT !" Un Papa, suivi de sa femme et de ses deux fils viennent prendre possession de leurs couchettes. Matthieu, en rage, revient sur la couchette. L'indien a eu la même idée, et impossible de le déloger, même s'il ne retrouve plus le billet sur lequel le numéro de NOTRE couchette est censé apparaître. Adieu notre nuit, c'est avec désespoir que l'on regarde la petite famille s'étendre et plonger dans un bienheureux sommeil. Nous, impossible de dormir. Le suplice dure jusqu'à 6 heures du matin, lorsque fraîche et reposée, la petite famille descend du train. Dans un gémissement, nous nous jetons sur les couchettes. Notre sommeil est entrecoupé par les cris des vendeurs, qui vendent tout sauf de l'eau. Or, il fait une chaleur à crever et nous n'avons plus d'eau. Finalement, c'est  vers 15 heures que nous arrivons à Calcutta. Morte de fatiguée, fourbue et déshydratée, je me dis "plus jamais" (au moins jusqu'au week-end prochain)...

 

Mais ce qui est super, c'est de se rendre compte que lorsque l'on vire les Indiens qui squattent nos places, et qu'ils vont s'entasser à plusieurs pour dormir, et bien ils en chient. On ne dirait pas mais si. Alors si on a l'opportunité de rendre le voyage de nos voisins plus agréable, alors faisons-le, parce qu'être entassés dans des endroits pas très propre, c'est leur quotidien, alors on peut, et je dirais même que c'est notre devoir de nous serrer un peu sur nos banquettes pour que d'autres personnes puissent s'asseoir.

 

Au premier abord, voyager dans un train indien, ça a des relents d'hospice moyenageux. Mais lorsqu'on lâche prise, qu'on accepte de passer des heures coincée sur une banquette au milieu des exubérantes familles indiennes, rien n'est plus chaleureux. On discute,on observe et on est observé, on rit de la situation, et, au final, je n'ai jamais eu autant l'impression d'appartenir à la grande Famille Humaine...

 

Voyage au Rajasthan 963

 

Bénarès 245

 

Bénarès 035

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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 08:49

Le rickshaw, c'est mon moyen de transport préféré ici.

 

Prendre un rickshaw plutôt qu'un taxi, c'est un peu comme prendre l'escalier plutôt que l'ascenseur dans son immeuble. En montant lentement les marches, on a le temps d'écouter la crise d'ado au 1er étage, le cornichon qui révise sa flûte au 2ème, et la mamie qui pinaille sur le palier d'en face...On s'imprègne de vie, tout simplement !

 

Chaque type de rickshaw représente une expérience unique. Je dis chaque type, car nous avons le choix entre le rickshaw tiré directement par un monsieur pas bien gras, le rickshaw-vélo tiré par un monsieur avec des fesses et des molets d'acier, et l'autorickshaw, sorte de boîte à savon motorisée à trois roues.

 

Le rickshaw-humain et le rickshaw-vélo sont des expériences totalement culpabilisatrices. En effet, pendant tout le trajet, on voit notre pédaleur ou coureur perdre en direct live le peu de calories qu'il possède. Chaque coup de pédale est négocié, chaque mètre parcouru est une petite victoire! Parfois, il se penche, crache un long jet de paan (chique de bétel, de couleur rouge), et, ruisselant de sueur, se retourne pour nous lancer un clin d'oeil, d'un air de dire : "Super cette petite promenade de santé, j'en avais bien besoin ! ". Mais moi, je me sens horriblement coupable, parce que là où je mets mes fesses d'Européenne Nutellaisée, on pourrait faire tenir 6 Indiens, une chèvre et une théière de cay...

 

India 034

 

L'autorickshaw, c'est encore autre chose. Le conducteur d'autorickshaw est par nature beaucoup plus intrusif ( vu qu'il ne pédale pas, il a toute la journée pour peaufiner sa prochaine attaque de touriste ). Ainsi, sélectionner un autorickshaw parmi le gang qui vous assaille dès votre sortie du train est tout un art...Lorsque l'on visite l'Inde et qu'on ne passe que peu de temps dans chaque ville, cette phase de sélection est un moment crucial, car l'on peut tomber sur plusieurs profils de conducteurs. Je m'explique.

 

-Profil n°1 : le Terrifié : c'est de loin la pire espèce. Le Terrifié a peur de conduire. Il tressaille quand un vélo le frôle, sursaute quand une Tata mobile klaxonne, et décolle de son siège quand un camion le double. Il est chauffeur de rickshaw parce que son père lui en a donné les clefs sur son lit de mort. Mais lui, il a toujours rêvé d'être vendeur de cay (ou star de Bollywood, il hésite encore). Du coup, c'est insupportable, ça n'avance pas. Et au bout de dix minutes, ulcérés, nous voilà en train de vociférer : "Mais vas-y! Y a juste à passer dans la boue entre le barbier et le tas d'ordures et tu le doubles! ", ou encore "Mais tu vas la bouger ta bouse! " (expression favorite de Kevin Seznec).

 

-Profil n°2 : Le Fou à Lier : celui-là est atroce, mais au moins, on arrive à l'heure. Le Fou à Lier est un dangereux, un vrai. Chaque voiture qui le précède est un ennemi à abattre. Il saisit toutes les opportunités d'avancer, se faufile entre les voitures (surtout quand l'espace n'est pas suffisant), pile devant les policiers, et donne des coups de guidons qui retourneraient un tank. Son instinct de mort fait vibrer le rickshaw tout entier et nous avec. A consommer avec modération.

 

-Profil n°3 : Le Filou : no comment, les faits parlent d'eux-même:

Rickshaw man:  "Ok! 20 rupees pour aller à la gare!"

Européens:  (Ouais! pour une fois, c'est nous qui entubons un rickshaw !).

Quelques mètres plus loin :

Rickshaw man:  "Je vous emmène à mon shop, juste 5 minutes!".

Européens: "Non mais ça va la tête? A la gare ! Presto! ".

Rickshaw man: "Et mais pour 20 rupees t'as cru que j'allais t'amener à la gare ? Le shop d'abord! "

Les Européens descendent du rickshaw, furieux. Le rickshaw s'en va.

Pas de chance, on est au milieu de nulle part.

 

-Profil n°3 : L'Ange-Gardien : vous l'avez compris, c'est lui qu'il faut trouver! L'Ange-Gardien est un conducteur hors-pair et se faufile partout où il peut, prend les routes à contre-sens, en toute sécurité. Et surtout, il connaît sa ville comme sa poche, et adore les touristes. Faites-lui confiance, et il vous emmènera dans les endroits les plus secrets et les plus magiques de la ville, vous fera déjeuner dans des restaurants succulents où la carte n'est écrite qu'en hindi, vous fera admirer le coucher du soleil de l'endroit le plus stratégique...Et à la fin, vous dira : " Tu me donnes autant de roupies que tu veux: si tu es heureuse, je suis heureux ! "

 

Au cours de notre voyage au Rajasthan, nous sommes tombés sur deux Ange-Gardiens. Grâce à Shakeer (de son vrai nom Shahrukh Khan, si si, celui qui nous rend dingue quand il danse torse nu avec son casque de chantier jaune sur la tête), nous avons découvert les ateliers d'impression de tissus et de travail de l'argent à Jaipur. Sans compter les super poilades dans le rickshaw, car monsieur écrivait actuellement un livre de blagues..! Shakeer qui a couvert son rickshaw de petites phrasounettes françaises récoltées auprès des touristes, hautes manifestations de notre culture si raffinée : "C'est parti mon kiki", "accroches-toi mon pote, c'est moi qui pilote"...!

 

Si vous passez par Jaipur, ne réflechissez pas, appelez-le ! Son numéro depuis l'Inde : 09314165249

 

Et à Agra, c'est Vicky, adorable petit bout de chou (12 ans et un réseau digne de Steve Jobs), qui nous a accompagnés dans les rickshaws de ses amis, tout aussi sympas...

 

La leçon à tirer de tout ça, c'est :

Oui, en Inde, les rickshaws essayent de vous entuber. Mais il ne faut pas que cela vous bloque. Si vous avez un bon feeling avec un conducteur de rickshaw, si vous sentez qu'il aime sa ville, et qu'il est bienveillant, alors faites lui confiance, et vous passerez certainement l'un de vos meilleurs moments en Inde!

 

Un rickshaw, ça ne se négocie pas, ça se ressent...

 

Voyage au Rajasthan 152

 

 

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Pour le plaisir des yeux, et parce que Shakeer ne faisait pas honte à son nom de superstar :

 

Voyage au Rajasthan 165

Par oho-en-inde.over-blog.com
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